Dernière ligne droite pour l’adoption du programme de la ZAC du Triangle de l’Échat, créée en 2017, une ultime consultation du public est organisée par la Préfecture et permet d’accéder aux détails de l’opération conduite actuellement par Grand Paris Aménagement (GPA), en concertation avec la mairie de Créteil.

Au menu de cette ZAC, ilot de 8 hectares situé au coeur d’un échangeur routier, longé par l’A86 et la RD19, : logements et bureaux, école et crèche, résidence étudiante et hôtel… tous surexposés à deux fléaux sanitaires majeurs que sont la pollution de l’air et les nuisances sonores.

Le dossier de consultation mis à disposition par la Préfecture comporte de nombreux documents qui permettent de prendre la mesure des enjeux, et tout particulièrement le rapport de l’Autorité Environnementale, instance indépendante, qui met en évidence les « fortes contraintes environnementales » du site et les réponses parfois peu convaincantes qui y sont apportées.

La question de la pollution de l’air est un sujet majeur dans ce secteur limitrophe de l’A86 (100 000 véhicules/jour) dont les promoteurs eux-mêmes notent que « les concentrations de polluants de l’air peuvent parfois dépasser les seuils réglementaires ». Mais l’autorité environnementale donne un avis plus tranché, recommandant notamment d’éviter l’implantation prévue pour l’école, qui sera exposée à des valeurs de dioxyde d’azote (polluant automobile) dépassant systématiquement les valeurs limites réglementaires. 

A cet égard, le tableau produit par GPA en page 65 du résumé non technique (cf ci-dessous) est éloquent : aucun des scénario étudiés ne permet de solution acceptable du point de vue de la qualité de l’air, du bruit et incidemment de l’exposition à des sols pollués. Le choix de l’implantation est clairement un choix par défaut. Cette future école rejoindra donc la liste des écoles cristoliennes surexposées au bruit et à la pollution.

En matière de bruit, là-aussi, l’impact de la circulation automobile est considérable. Le dossier est clair sur ce point : « L’ensemble du site de la ZAC est affecté par le bruit des infrastructures routières. Des prescriptions concernant l’isolement acoustique des bâtiments qui pourraient abriter des logements sont imposées. Les RD 19A et 19B qui bordent le site de la ZAC, présentent un bruit moyen sur 24 heures, supérieur au seuil de 68 dB(A) et un bruit moyen la nuit, supérieur au seuil de 62 dB(A). Des phénomènes vibratoires bien perceptibles sur le site, liés aux passages du métro de la ligne 8. ».

Il suffit de connaitre le secteur pour savoir que les risques sanitaires liés à la qualité de l’air et au bruit sont des enjeux majeurs, auxquels les promoteurs de la ZAC apportent des réponses techniques ponctuelles : isolation phonique des bâtiments, immeubles de bureaux faisant fonction de « mur anti-bruit »… qui condamnent les habitants à vivre fenêtres fermées (on n’ose imaginer la situation lors des canicules, le plus souvent accompagnées de pics de pollution !)

Seules des mesures simultanées de réduction des nuisances à la source pourraient, le cas échéant, rendre ce projet acceptable, et surtout vivable pour ses futurs habitants et usagers. L’air ne sera respirable et le bruit ne sera abaissé que si des mesures drastiques de réduction du trafic automobile sont mises en œuvre dès maintenant, au premier rang desquels la transformation de la RD19 en boulevard urbain paysager, la régulation du trafic sur l’A86 et une véritable stratégie de transfert modal vers les circulations douces. Tous ces éléments décisifs sont non seulement absents du projet mais, dans la réalité, les habitants de Créteil subissent des décisions incompréhensibles de la Municipalité qui, par exemple, s’oppose à la Zone à Faible Émission promue par la Métropole du Grand Paris (dispositif pourtant encore très timide, visant à réduire l’accès aux véhicules les plus polluants dans la zone dense de la métropole).

L’Autorité Environnementale pointe ainsi l’insuffisante vision d’ensemble des promoteurs de la ZAC, concernant notamment les déplacements et le stationnement automobile dont l’optimisation doit être évaluée à une échelle plus large que la seule ZAC, au risque de continuer à voir se déverser une importante circulation de transit et un stationnement ventouse, ce qui est un comble pour un quartier dont la desserte en transports collectif constitue le principal atout.

Le projet manque également d’éléments d’appréciation concernant l’implantation supplémentaire de 30 000 m2 de bureaux dans un secteur déjà extrêmement bien doté en matière de locaux tertiaires.

Ainsi, l’étude ne met en évidence ni les besoins avérés, ni les risques liés aux transferts (le Rectorat s’implanterait sur la ZAC, mais quid de l’avenir de son immeuble actuel de l’Echat ?), ni sa complémentarité avec les autres projets tertiaires environnant (6000 m2 de bureaux supplémentaires au pieds de la gare de l’Echat, Tour « Arbre de vie » de l’ilôt Jacquard dotée à elle-seule de 21 000 m2 tertiaire…), soit potentiellement près de 60 000 m2 de bureaux supplémentaires dans ce secteur à moyen terme ! Certes, la qualité de la desserte en transports collectif est un atout, mais elle ne suffit pas à tout justifier. Une analyse d’ensemble de la situation de l’immobilier de bureaux à Créteil et aux alentours doit permettre de vérifier qu’il s’agit là de répondre à des besoins nouveaux et non de dépouiller des zones tertiaires plus anciennes, laissées ensuite à l’abandon. Ajoutons à cela qu’on peut légitimement s’interroger sur l’avenir du modèle économique du secteur tertiaire dont la crise sanitaire actuelle a montré à la fois les limites et les capacités d’adaptation, vers des solutions et des localisations à échelle humaine.

Comme le souligne l’Autorité Environnementale, il manque une présentation « de l’impact cumulé » de l’ensemble des projets urbains prévus sur Créteil Nord, que ce soit en termes d’impacts directs en phase de travaux ou à plus long terme, notamment en termes de déplacements.

La plupart des insuffisances, voire des carences, de ce projet viennent d’un seul et même postulat de départ : la qualité de la desserte en transport public suffit à elle-seule à justifier que ce foncier disponible ait vocation à être aménagé sous la forme du triptyque traditionnel logement/bureaux/équipements, bien qu’il soit surexposé au bruit, fortement impacté par la pollution des sols et de l’air, et que ses 3000 futurs habitants soient condamnés à en subir les conséquences sanitaires à long terme.

Le dossier de consultation propose une synthèse des avis du public rassemblés lors de la concertation préalable. Des participants avaient soumis l’idée que cette emprise si problématique soit mobilisée pour y réaliser un espace naturel urbain (après tout, 15% de la surface de la ZAC y est actuellement boisée…). Un vaste parc urbain, conçu de sorte de faire écran aux nuisances, dotée du maillage de modes doux dont le secteur a grand besoin pour faciliter l’accès aux transports collectifs, aurait constitué un pôle végétal bienvenu et parfaitement desservi. Même si l’heure n’est malheureusement plus aux projets alternatifs, cette proposition portée par des habitants avait toute sa légitimité et aurait, sans nul doute, répondu à des besoins sociaux tout à fait essentiels, à proximité de quartiers d’habitat social et de zones d’activités économiques.